L’Afrique, berceau de l’humanité, est une terre qui regorge de richesses allant des matières premières, aux énergies renouvelables, mais aussi incroyablement humaines à l’heure où l’individualisme est devenu le quotidien occidental. Toutefois, l’Afrique est malade. Si certains y voient le fruit du colonialisme, l’explication semble être plus compliquée: tous les États composant ce continent présentent des situations différentes qui ne permettent aucune généralisation.
Perçue comme étant l’image-même de la pauvreté, comme si cette malédiction était propre au continent africain, les Jeux Olympiques (JO) permettent tous les quatre ans de rappeler que cette terre voit naître des athlètes disposant de peu de moyens pour s’entraîner et se perfectionner mais surtout elle voit briller des athlètes qui font vivre l’espoir et la fierté, une fois la médaille autour du cou, des pays, et plus largement, d’une Afrique, mise à l’écart et oubliée.
Dans ces Jeux Olympiques londoniens, la première médaille africaine fut offerte par l’égyptien Alaaeldin Abouelkassem en escrime. Mais l’Afrique ne brille pas dans tous les sports, ce qui rend le bilan quelque peu décevant à mi-parcours. Malgré ce constat, l’Afrique du Sud se place comme premier pays africain dans le classement provisoire, en comptabilisant quatre médailles d’or. Peine n’est pas perdue, le sport de prédilection et tant attendu est l’athlétisme, dont les épreuves n’ont débuté que vendredi. Celui-ci va probablement permettre aux athlètes de multiplier les médailles. Ainsi, pour le 10000m l’éthiopienne Tirunesh Dibaba gagne la médaille d’or, suivie par deux Kenyanes sur le podium, Kipyego et Cheruiyot, gagnant respectivement l’argent et le bronze. Le Kenya et l’Ethiopie sont les grands maîtres de cette discipline, et cela se confirme une fois de plus avec le marathon féminin où les deux premières places ont été gagnées par Gelana et Jeptoo. Côté masculin, le kenyan Ezekiel Kemboi a décroché la médaille d’or sur le 3000m steeple qui ne fait que confirmer son statut de champion. En natation, à l’épreuve du 1500m nage libre, le tunisien Oussama Mellouli s’en sort à la troisième place.
Femmes et hommes du continent se partagent la volonté de récolter des médailles. Pendant les JO de 1984, à Los Angeles, Nawal El Moutawakel est devenue la première femme arabe, musulmane et surtout africaine à gagner une médaille d’or olympique lors du 400m haies. Avant elle, alors qu’il souffre de calculs biliaires, Kipchoge Keino participe aux JO malgré l’avis défavorable de ses médecins : il revient au Kenya avec deux médailles, une d’argent au 5000m puis une d’or au 1500m. Cet homme témoigne de la hargne du gagnant. Cependant, aucune autre histoire n’est plus révélatrice que celle d’Abebe Bikila, membre de la garde de l’empereur Haïlé Sélassié Ier, qui franchit la ligne d’arrivée du marathon des JO de Rome, en 1960, pieds nus, en 2h15’16. Il était une fois, la première médaille olympique africaine…
Pourtant, les JO sont devenus un marché comme un autre, permettant aussi le débauchage entre pays. Ainsi, des sportifs africains ont laissé tomber leur nationalité pour aller représenter d’autres couleurs. Plusieurs raisons sont évoquées mais à l’évidence les pays africains disposant de peu de moyens ne peuvent permettre à leurs sportifs de s’entrainer dans les meilleures conditions. Certains abandonnent leur nationalité pour l’argent, à l’image de Stephen Cherono devenu qatari, d’autres l’abandonnent pour leur carrière, comme Bernard Lagat, un athlète kenyan naturalisé américain. Suite à la multiplication de ces cas, qui ne se limitent pas à l’Afrique mais que l’on retrouve à un niveau mondial, le règlement olympique a décidé d’imposer une naturalisation qui précède de 3 ans la sélection des JO, à moins d’obtenir un avis favorable du Comité Olympique du pays d’origine de l’athlète. Cependant, un autre phénomène, peu connu, et pourtant qui existe depuis des années, inquiète les autorités anglaises. Lors des déplacements des sportifs pour les Jeux, certains d’entre eux ne rentrent plus dans leur pays d’origine: soit ils demandent l’asile politique, soit ils se font la belle. Une occasion de plus offerte pour fuir les maux africains.
Ghita Chilla




