Une étudiante musulmane Américaine au centre Islamique d’Amérique. Mars 2010

Près de 8 millions aux Etats-Unis, les musulmans représentent une faible proportion de la population américaine, mais un énorme potentiel de votants pour les deux candidats aux élections présidentielles de novembre prochain. Le vote des musulmans est indispensable pour les candidats, d’autant plus que celui-ci a longtemps basculé entre l’âne et l’éléphant.

Si l’on remonte aux années 1990, le vote musulman a longtemps été pro-républicain, à la grande surprise de certains. Ce choix était justifié par les valeurs plus conservatrices prônées par le parti, notamment en ce qui concerne l’avortement et le vote homosexuel.

En 2000, près de 70% des votes musulmans ont été pour Georges W. Bush. Ce choix s’explique d’abord par les valeurs républicaines mais aussi par le symbole que représente la famille Bush au Moyen-Orient. En effet, Georges W. Bush entretenait de très bonnes relations avec le Moyen-Orient, notamment avec l’Arabie Saoudite, d’autant plus que la famille Bush, d’origine texane, a fait fortune sur le pétrole et les hydrocarbures. Ces liens avec le Moyen-Orient sont primordiaux pour les Américains musulmans, qui plus est, face à un adversaire, Al Gore, considéré comme grand allié d’Israël et de sa politique de colonisation.

Pourtant, en 2004, les Américains musulmans se tournent vers le camp démocrate et John Kerry, pénalisant ainsi la politique stigmatisante menée de Georges W. Bush après le 11 septembre 2001 (Patriot Act, Rogue states, guerre en Afghanistan, en Irak). Enfin, en 2008, l’Obamania envahit également le coeur des Américains musulmans. Fermeture de Guantanamo, lieu de torture à ciel ouvert, dénonciation des stigmatisations à l’encontre des Américains musulmans, retrait des troupes en Irak et Afghanistan, autant de promesses lancées par Barack Obama qui ont plu à la population musulmane du pays. L’Obamania marche et vend son lot de rêves de paix, de multiculturalisme, et de diversité.

En 2012, le vote des Américains musulmans reste difficile à cerner. Pour la plupart, la politique d’Obama est décevante: à l’étranger, avec un renfort des relations entretenues avec Israël, une position trouble concernant une hypothétique guerre en Iran, et des troupes toujours présentes en Afghanistan. Concernant la politique intérieure, le constat est semblable: Guantanamo reste toujours présente dans la tête des électeurs, et toujours en fonction, le chômage bat son plein tandis que la croissance peine à reprendre au pays où tout est possible. Le “Yes we can” semble devenir un “No we are sorry but we can’t”…

Néanmoins, face à Obama, le candidat républicain inquiète. Mitt Romney, fervent républicain, Mormon, et millionnaire, semble être “pire qu’Obama”. Favorable à une guerre contre l’Iran, au maintien des troupes en Afghanistan et à l’installation de Jérusalem comme capitale d’Israël, Romney est pressenti comme une menace pour la communauté musulmane américaine.

Déçus par Obama, opposés à Romney, les Américains musulmans devront choisir entre l’abstentionnisme, ou l’espérance d’un horizon meilleur pour le “Yes we can”.

Ce qui est évident, c’est que le “Muslim Swing vote” reste une clé pour les candidats à la présidentielle, 3 millions de musulmans vivant dans les “Key States” (Etats clés: Michigan, Virginie, Ohio). Un enjeu  des plus décisifs pour une élection qui s’annonce très serrée.

Ania K. Ould-Lamara

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